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Une bien belle sortie à la perte de la Muraille de Chine (-850 m, ~6 km)

(Massif de Flaine, Les Carroz, 74300 Arâches-la-Frasse, Haute-Savoie)

Samedi 25 janvier 2014

Objectifs : visite jusqu’à -500 m de ce réseau qui est en train de devenir une grande classique, photos et petite désobstruction.

Participants :

  • SCMB : Patrick Guichebaron (Guiche), Christian Charletty (Charlot), Arne, David Cantalupi (Dav) = les « GO »
  • Clan des Tritons : Alexandre Pont (Alex), Patrice Tordjman (Patou), Fabien Darne (Fab) = les « pâté-croûte »

TPST : 9h

Cela faisait plusieurs années que Dav me tannait pour venir faire un tour à « la Muraille », le nouveau terrain de jeu du SCMB sur Flaine depuis 2006. Mais différentes aventures personnelles m’ont éloigné longtemps de cette opportunité. Beaucoup de Tritons ont déjà fait la visite, il était temps d’y aller avant de lasser nos gentils organisateurs.

C’est Patou le roi des poux, qui, n’ayant de la dispo qu’à son retour du Tchad le 22 janvier a proposé la date et emporté mon adhésion. C’est vrai que je n’ai rien fait d’un peu costaud depuis notre virée aux Partages en août 2012 et que ma forme physique est plutôt passée au pluriel.

J’ai bien cherché à recruter d’autres coéquipiers mais, entre les problèmes de genoux (attention les Tritons, là y’a un début d’épidémie), les empêchements professionnels et les blocages psychologiques, il n’y a eu qu’Alex de disponible pour se joindre à nous et ce, malgré la neige fraîche et le beau temps qui lui tendaient leurs lèvres attirantes.

Départ de Lyon vers 7h samedi matin. On laisse les voitures chez Alex à Nivolas après un petit café. C’est Patou qui conduit la magnifique limousine de fonction de sieur Alex et découvre ainsi les joies du régulateur de vitesse.

On arrive au PMU des Carroz (quartier général du SCMB) quasiment à l’heure (9h35). Charlot et Dav sont là, Guiche nous rejoint dans la foulée ainsi qu’Arnö, un spéléo belge débutant au SCMB. Encore un café et on monte en direction de la station. On se gare sur le bord de la route vers le col de Pierre carrée, sous la pointe de l’Arbaron.

Il y a beaucoup de neige fraîchement tombée de la veille et il fait -7° C, les conditions sont idéales.

On s’équipe et on s’engage en raquettes dans le petit canyon en contrebas, deux petits ressauts sont franchis sur les fesses, tant bien que mal et Alex lance immédiatement sa candidature pour le prix du « Jef d’or » du jour (petit rappel : le « Jef d’or » est un prix épisodiquement attribué à celui ou celle qui par ses choix techniques et/ou la qualité de son matériel transforme involontairement sa sortie en franche galère. Confère la sortie épique de Jean-François Rodriguez dit « Jef » au gouffre Cristal en 2005, d’où le nom du prix…).

Une vingtaine de minutes plus tard, Charlot est à l’oeuvre pour dégager l’entrée rive droite du torrent (à sec bien sûr!) recouverte d’une tôle. On descend dans un méandre assez spacieux entrecoupé d’un ressaut que les mont-blantistes ont tout simplement équipé de deux grandes échelles fixes. Et ce n’est que le début du confort !

Arrivés à -20 m dans la salle sèche qui sert de vestiaire nous nous équipons en spéléologues. Patou déplie son matériel très « nineties », ouf !, il a quand même amené un bloqueur de pied… Sur le coup j’ai cru qu’il prenait l’avantage sur Alex pour le « Jef d’or » !

Guiche nous raconte la désobstruction dantesque réalisée dans cette salle sur plusieurs années pour dégager la suite.

Il est 11h30 quand nous nous engageons dans une petite galerie qui nous oblige à poser le genou à terre (ce sera le seul endroit de la sortie!).

Quelques méandres propres et confortables et plusieurs petits puits nous amènent à -115 m au sommet d’un beau morceau, le Sumo. Ce puits de 140 m formé à la faveur d’une grande fracture est la clé vers les profondeurs du réseau. Le rocher est magnifique, gris anthracite veiné de calcite blanche. L’équipement est toujours confortable et l’on apprécie les petites marches en fer à béton installées ça et là aux endroits opportuns. On en oublie parfois de s’assurer tant le sentiment d’aisance et de sécurité est fort.

Il y a très peu d’eau dans les puits et le rythme soutenu mais régulier de notre progression fait que nous n’avons pas froid. Une série de puits plus modestes fait suite au Sumo, dont le Dragon, un très beau P22 à flanc de fracture, et nous conduit au Jumo, un superbe P100.

David assisté d’Alex et de Charlot, puis d’Alex et de Patou s’attelle à ramener des photos de secteurs manquant à son album. Guiche et moi poursuivons la descente du Jumo et trempons nos bottes dans dans la rivière Tsangpo vers -490 m. Guiche me fait la visite, passionnante, passionnée. Une magnifique galerie fossile concrétionnée, des formes phréatiques, les altitudes observées, nous font échafauder quelques théories spéléogénétiques.

Nous rejoignons le pied d’une escalade faite il y a quelques temps avec Charlot en haut de laquelle un petit boyau bien formé et encombré de galets d’albien ou de grès (ça serait à préciser) n’attend que ses explorateurs. Je m’engage, c’est étroit. Avec la massette je donne quelques coups et décide de force un peu le passage. Je passe en expiration (je commence à avoir l’habitude!) et me retrouve devant un dilemme : considérer que la galerie queute car les deux mètres qui se déroulent devant moi n’est vraiment pas excitant ou bien forcer une nouvelle étroiture dans une flaque de boue liquide pour voir jusque derrière un galet qui gêne la vue. Et bien devinez ce que j’ai choisi, hein ? Remember notre visite au Cristal en 2005, où je m’étais enquillé dans une infâme escalade glaiseuse au-dessus du siphon de -600 m parce que Sylvain m’avait dit que ça pourrait être pas mal de récupérer la corde… J’avais dû me laver dans le siphon. Et bien là je suis allé me laver sous une petite cascade dans un immense méandre histoire de faire un pas d’escalade pour aller voir s’il n’y avait pas une suite. Bernique ! Nenni ! Nada ! Rien de rien. Un trouve-petit vous dis-je ! Guiche a dû se demander si mon comportement était tout à fait normal mais bon, c’est fait. Charlot nous rejoint juste à ce moment-là et nous jette une corde pour que nous puissions rejoindre la traversée qui mène à la suite, le « Tibet libre ». Quelques cordes plus loin nous arrivons à la jonction des deux méandres et retrouvons l’actif qui file vers -850 m. Guiche et Charlot me font visiter le bivouac de -505 m. Incroyable mais vrai, il y a 5 lits de camp pliant en aluminium ! C’est sûr que là c’est 5 étoiles mais c’est tout de même un peu « too much », d’ailleurs ça été source de quelques discussions animées au sein du club.

Il est temps de penser au retour d’autant plus que je suis trempé et ai un peu froid.

Nous rejoignons les autres alors qu’ils attaquent la remontée. Dav reste avec nous pour tenter une ultime photo mais je crois que ça n’a pas donner grand chose. J’attaque à mon tour le Jumo. Les deux premiers jets quasi plein pot me cassent d’emblée, d’autant plus que mon croll trop usé par la montée en alternatif n’accroche plus en simultanée, bref ça commence mal ! Nos trois gentils organisateurs, patients et joyeux, attendent patiemment leur tour. Puis tout se met en place progressivement. L’équipement idéal, contre-paroi, l’inclinaison des puits, transforment la montée en alternatif en promenade digestive. Bon d’accord, j’exagère, je suis dans le rouge et je suis bien content de n’avoir qu’un petit kit. On rejoint Patou et Alex et tout le monde alors prend le rythme de notre Willy national, motivé et opiniâtre, régulier comme un coucou.

En 2h30 tout le monde est au vestiaire. On n’a pas été très rapide mais la remontée s’est passée sans difficulté particulière et sans anicroches.

Rapidement changés, nous nous échelonnons sur la piste tracée dans la neige. Certains passages nécessitent un ou deux pas d’escalade qui, avec des raquettes, ne sont pas évidents. Alex a définitivement abandonné ses raquettes, il tente, tant bien que mal, de se maintenir en surface en extrayant laborieusement ses bottes, enfoncées dans la neige, l’une après l’autre. C’est là qu’il a distancé définitivement son outsider et a gagné haut la main le « Jef d’or » de la sortie…

Il est 21h quand nous partageons un peu de mirabelle aux voitures. Fourbus mais heureux. Nous descendons aux Carroz pour déguster qui une tartiflette, qui une galette. Vers 23h, c’est la séparation et Alex et moi reprenons la route pour Nivolas.

Pour ma part, après une bonne douche, je me couche chez moi, à Lyon, aux côtés de ma douce, vers 2h du matin. Bref, une bien belle journée !

Décidément, nos copains du SCMB ont le chic pour non seulement découvrir des grands gouffres de plus en plus magnifiques mais encore d’en faire profiter les copains avec enthousiasme, gentillesse et attention. Bravo et merci !

Arvi pa !

Fabien

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